L'Atomisme du Kalam : Création Continue ou Lois Physiques ?
Position théologique
La théologie rationnelle du sunnisme classique, notamment portée par l'école ash'arite, propose une cosmologie fondée sur un atomisme rigoureux. Elle repose sur la distinction entre la substance indivisible (jawhar fard) et ses accidents passagers (ʿaraḍ). Selon la formulation classique, les accidents ne persistent pas pendant deux instants consécutifs : ils sont recréés continuellement par Dieu à chaque instant (tajaddud al-a'rāḍ). Dans la Discussion 17 du Tahāfut al-Falāsifa (L'Incohérence des philosophes), Al-Ghazali conteste la nécessité logique intrinsèque du lien causal défendu par les philosophes avicenniens. Il soutient que la rencontre entre le feu et le coton n'entraîne pas la combustion de façon autonome, mais qu'Allah crée la combustion en même temps que le contact. Cette approche refuse d'attribuer aux causes naturelles une nécessité intrinsèque indépendante de l'action divine et vise ainsi à préserver la souveraineté causale de Dieu. Le Coran emploie l'expression Sunnat Allāh en 35:43 à propos de la constance de la conduite divine envers les communautés humaines. Certaines lectures théologiques étendent cette notion à la régularité de la création, mais le verset ne formule pas directement une loi physique de la nature.
Alnoor Dhanani — The Physical Theory of Kalām: Atoms, Space, and Void in Basrian Mu'tazilite Cosmology — Chapitres 1 et 2 (structure de l'atomisme basrien mu'tazilite)
Édition : E.J. Brill
Soutient l'argument :Description documentée de la structure atomiste du Kalam : distinction jawhar fard, ʿaraḍ et discontinuité spatio-temporelle.
Al-Ghazali — The Incoherence of the Philosophers (Tahāfut al-Falāsifa) — Discussion 17 (Sur la connexion entre cause et effet)
Édition : Trad. Michael E. Marmura, Brigham Young University Press, 2000 | Passage / Page : Discussion 17, pp. 166-170
Soutient l'argument :Al-Ghazali conteste la nécessité logique intrinsèque reliant le feu au coton et soutient que c'est Dieu qui crée l'effet simultanément au contact.
Coran — Le Coran (Sourate Fatir) — Verset 43
Soutient l'argument :Présence textuelle de la formule Sunnat Allāh, signifiant la constance de la conduite divine envers les communautés qui rejettent les prophètes.
Analyse philosophique critique
L'histoire intellectuelle du Kalam présente des trajectoires de développement complexes. L'idée d'un emprunt direct et exclusif à l'atomisme de Leucippe et Démocrite est contestée : des spécialistes comme Alnoor Dhanani et Harry A. Wolfson défendent des reconstructions sensiblement différentes, certains mettant l'accent sur des développements théologiques internes liés à la toute-puissance divine, d'autres sur des interactions avec la philosophie grecque tardive ou d'autres traditions. Sur le plan scientifique, l'atome chimique est loin d'être l'unité indivisible supposée par le Kalam. Sa structure interne est aujourd'hui bien établie : il est composé d'électrons et d'un noyau contenant des protons et des neutrons. Les protons et les neutrons sont constitués de quarks et de gluons, tandis que l'électron est actuellement décrit comme une particule élémentaire dans le Modèle standard de la physique des particules. Par ailleurs, la thèse d'une destruction et recréation discontinue du monde physique se heurterait aux lois de conservation, à condition que ce modèle prédise une déviation nette et mesurable des conservations observées. Le premier principe de la thermodynamique établit la conservation de l'énergie au sein des systèmes isolés. Le premier théorème d'Emmy Noether (1918) démontre que chaque symétrie continue d'un système physique implique une loi de conservation associée. Ces relations formelles décrivent la structure interne des théories, sans se prononcer sur leur interprétation métaphysique profonde.
Alnoor Dhanani — The Physical Theory of Kalām: Atoms, Space, and Void in Basrian Mu'tazilite Cosmology — Chapitres sur les origines et la structure de l'atomisme basrien
Édition : E.J. Brill
Soutient l'argument :Reconstitution historique de l'atomisme mu'tazilite basrien et de ses spécificités théologiques propres, sans réduire ses origines à un simple emprunt grec.
Harry Austryn Wolfson — The Philosophy of the Kalam — Chapitre sur l'atomisme et ses sources
Édition : Harvard University Press
Soutient l'argument :Wolfson défend une reconstruction différente de celle de Dhanani, soulignant davantage les parallèles avec l'atomisme grec. La divergence entre ces deux spécialistes illustre le caractère disputé de la question des origines.
R.L. Workman et al. (Particle Data Group) — Progress of Theoretical and Experimental Physics — 2022, 083C01 (Modèle standard et particules élémentaires)
Édition : Oxford University Press / PTEP | Passage / Page : 083C01
Soutient l'argument :Description de la structure interne de l'atome (électrons élémentaires, protons et neutrons composés de quarks et gluons) telle qu'établie par le Modèle standard.
Emmy Noether — Nachrichten der Gesellschaft der Wissenschaften zu Göttingen — Mathematisch-Physikalische Klasse, pp. 235-257
Édition : Springer | Passage / Page : 235-257
Soutient l'argument :Formulation du théorème reliant les symétries continues (dont la symétrie par translation temporelle) aux lois de conservation.
John R. Howell & Richard O. Buckius — Fundamentals of Engineering Thermodynamics — Chapitre 2 : Lois de conservation
Édition : McGraw-Hill
Soutient l'argument :Formulation classique du premier principe de la thermodynamique pour les systèmes isolés.
Position théologique
L'atome métaphysique du Kalam (jawhar fard) ne doit pas être confondu avec l'atome physique divisible de la science moderne. Il s'agit d'une entité conceptuelle ultime marquant la fin de la division de la matière. La théologie rationnelle, notamment exposée par ʿAḍud al-Dīn al-Ījī (m. 1355) dans son Kitāb al-Mawāqif fī ʿilm al-kalām, avance que l'existence d'une substance indivisible est indispensable pour éviter la régression à l'infini qui, sur le plan philosophique classique (comme dans les paradoxes de Zénon), rendrait le mouvement impossible. Quant aux lois de conservation de l'énergie, elles représentent le fonctionnement habituel établi par Dieu, mais elles ne lient pas Sa toute-puissance. Le récit coranique (Coran 21:69) selon lequel le feu devient frais et salutaire pour Abraham atteste, dans la perspective croyante, de la capacité de Dieu à suspendre ces régularités à titre exceptionnel. Ce type d'événement est classifié théologiquement comme miracle (muʿjiza), non comme une loi physique répétable.
ʿAḍud al-Dīn al-Ījī — Kitāb al-Mawāqif fī ʿilm al-kalām — Mawqif sur la substance et l'accident (cosmologie atomiste)
Édition : Dar al-Jil
Soutient l'argument :Arguments dialectiques en faveur du jawhar fard pour réfuter la divisibilité infinie de la matière.
Coran — Le Coran (Sourate Al-Anbiyaʾ) — Verset 69
Soutient l'argument :Verset rapportant l'injonction divine de fraîcheur et de salut adressée au feu pour Abraham.
Analyse philosophique critique
L'analyse mathématique moderne résout les paradoxes de Zénon d'Élée en décrivant le mouvement à l'aide de limites et de séries convergentes, ce qui évite d'avoir à fragmenter l'espace en unités discrètes élémentaires. En physique, les formulations usuelles de la théorie quantique des champs — présentées par exemple dans l'ouvrage de Weinberg (1995) — décrivent les particules comme des excitations quantifiées de champs définis sur l'espace-temps. Ce formalisme ne démontre pas, à lui seul, que la réalité physique est ontologiquement continue à toutes les échelles. Sur la question de la conservation de l'énergie, il convient de distinguer plusieurs niveaux : le premier principe de la thermodynamique pour les systèmes isolés, la relation de Noether entre symétrie temporelle et conservation, et la conservation covariante locale en relativité générale. Dans les domaines expérimentalement vérifiés, aucune déviation reproductible des lois de conservation pertinentes n'a été établie à ce jour.
Richard Courant & Herbert Robbins — What Is Mathematics? An Elementary Approach to Ideas and Methods — Chapitre VI : Séries et limites
Édition : Oxford University Press
Soutient l'argument :Traitement mathématique de la sommation convergente d'une infinité de termes, résolvant le formalisme des paradoxes de Zénon.
Steven Weinberg — The Quantum Theory of Fields, Vol. 1 — Chapitre 1 : Introduction historique et conceptuelle
Édition : Cambridge University Press
Soutient l'argument :Description des particules comme des excitations quantifiées de champs dans le cadre de la théorie quantique des champs.
Position théologique
La régularité du monde physique n'est pas remise en cause par la théologie : elle est comprise comme l'effet d'une volonté divine constante et préservatrice. L'un des Noms divins dans l'islam est Al-Qayyūm (Le Subsistant par Soi, Celui qui maintient l'existence). Le Coran énonce dans la Sourate Fāṭir (Coran 35:41) : « Allah retient les cieux et la terre pour qu'ils ne s'affaissent pas ». Dans le Tafsir d'At-Tabari, ce verset est commenté comme l'expression de la dépendance absolue de l'univers vis-à-vis du maintien divin. Sur le plan de la physique théorique, la continuité de l'espace-temps à toutes les échelles n'est pas un fait établi : aux échelles proches de la longueur de Planck (environ 1,616 × 10⁻³⁵ mètre), on s'attend à ce que les effets quantiques de la gravitation deviennent importants et que la relativité générale classique ne suffise plus à elle seule à fournir une description complète. Cela ne constitue toutefois ni une observation directe d'un espace-temps discret, ni la preuve de l'existence d'une longueur minimale absolue.
Coran — Le Coran (Sourate Fāṭir) — Verset 41
Soutient l'argument :Énoncé théologique affirmant que Dieu soutient activement les cieux et la terre afin qu'ils ne s'effondrent pas.
At-Tabari — Jāmiʿ al-Bayān ʿan Taʾwīl Āy al-Qurʾān — Commentaire de 35:41
Édition : Dar Hajar | Passage / Page : Vol. 19, pp. 380-385
Soutient l'argument :Exégèse classique décrivant la dépendance de l'univers physique vis-à-vis du maintien divin continu.
NIST / CODATA — NIST Reference on Constants, Units and Uncertainty — Planck length value (1.616 255 × 10⁻³⁵ m)
Édition : NIST
Soutient l'argument :Valeur numérique internationale recommandée de la longueur de Planck.
Analyse philosophique critique
L'échelle de Planck correspond à la longueur construite à partir des constantes fondamentales ħ, G et c, dont la valeur recommandée par le NIST/CODATA est d'environ 1,616 255 × 10⁻³⁵ mètre. À ces échelles, on anticipe que les effets de la gravité quantique deviennent non négligeables, mais aucune observation directe ne confirme actuellement une structure discrète ou granulaire de l'espace-temps. La gravité quantique à boucles (Rovelli) représente un programme de recherche qui conçoit formellement l'espace comme ayant des aires et volumes quantifiés minimaux, mais ce programme théorique n'est pas encore une description expérimentalement établie de la nature. Sur le plan de la dynamique globale du cosmos, la conservation de l'énergie en relativité générale n'est pas simple : dans un espace-temps en expansion qui ne possède pas de symétrie par translation temporelle globale, l'énergie totale n'est pas définie de façon unique (Wald, 1984). En revanche, la conservation covariante locale du tenseur énergie-impulsion (∇μ Tμν = 0) reste valide. Les observations astrophysiques compilées par Uzan (2011) imposent des limites très strictes à d'éventuelles variations des constantes de la physique sur des échelles de temps cosmologiques.
NIST / CODATA — NIST Reference on Constants, Units and Uncertainty — Planck length value
Édition : NIST
Soutient l'argument :Valeur numérique officielle de la longueur de Planck.
Carlo Rovelli — Covariant Loop Quantum Gravity: An Introduction to Spin Foam Gravity — Chapitre 1 : Fondements physiques de la gravité quantique à boucles
Édition : Cambridge University Press
Soutient l'argument :Présentation d'un programme de recherche théorique formulant une quantification de l'espace-temps à l'échelle de Planck.
Jean-Philippe Uzan — Living Reviews in Relativity — Vol. 14, Art. 2 (2011), Sections 3 et 4
Édition : Max Planck Institute for Gravitational Physics | Passage / Page : Sections 3 et 4
Soutient l'argument :Synthèse des contraintes observationnelles sur la variation temporelle des constantes physiques fondamentales (constante de structure fine, masses de particules, etc.).
Robert M. Wald — General Relativity — Chapitre 11 : Énergie et lois de conservation en relativité générale
Édition : University of Chicago Press
Soutient l'argument :Explication de la difficulté de définir une énergie globale conservée dans les espaces-temps non stationnaires et de la validité de la conservation locale covariante.
Position théologique
La distinction entre les causes premières (l'action divine directe) et les causes secondes (les mécanismes réguliers étudiés par les sciences) est au cœur de la réflexion théologique. Le savant hanbalite Ibn Taymiyya (m. 1328), dans son traité Darʾ Taʿāruḍ al-ʿAql wa-l-Naql, critique la théologie spéculative du Kalam et prend ses distances avec l'atomisme des mutakallimūn et l'occasionalisme strict. Il affirme que Dieu a doté les créatures de propriétés et de capacités causales réelles, tout en soulignant que ces causes demeurent entièrement dépendantes de la volonté et du décret divins. Il ne s'agit pas d'un plein occasionalisme à la manière ash'arite, mais d'une reconnaissance de causes naturelles créées opérant sous la souveraineté permanente de Dieu. Cela démontre que l'occasionalisme ash'arite n'est pas la seule voie disponible en théologie islamique sunnite classique.
Ibn Taymiyya — Darʾ Taʿāruḍ al-ʿAql wa-l-Naql — Discussions sur la causalité et la critique du Kalam
Édition : Université Islamique de Médine
Soutient l'argument :Critique de l'atomisme du Kalam et affirmation de causes naturelles réelles créées par Dieu, s'opposant à l'occasionalisme ash'arite strict.
Synthèse critique
L'examen confrontant l'atomisme du Kalam et l'occasionalisme théologique aux acquis de la physique contemporaine permet de dégager l'analyse suivante. Analyse conceptuelle : L'atomisme du Kalam repose sur deux notions fondamentales : la substance indivisible (jawhar fard) et l'accident (ʿaraḍ), qui ne persiste pas au-delà d'un instant sans être recréé par Dieu. L'occasionalisme consiste à refuser aux causes naturelles une nécessité intrinsèque indépendante de l'action divine, de sorte que ce que l'on appelle « causalité » n'est que la concomitance habituelle voulue par Dieu. Le jawhar fard est une entité métaphysique et ne correspond pas à l'atome chimique divisible décrit par la physique, ni à un quantum d'espace-temps. Analyse textuelle et exégétique : Le Coran 35:43 emploie l'expression Sunnat Allāh dans un contexte traitant de la constance de la conduite divine envers les communautés qui ont rejeté leurs prophètes. Son application à la régularité des lois physiques est une extension théologique interprétative, et non le sens immédiat du verset. Le Coran 35:41 affirme la dépendance métaphysique de l'univers envers Dieu, sans décrire les mécanismes physiques de cette dépendance. Le Coran 21:69 rapporte un événement décrit comme miraculeux pour Abraham : il s'agit d'un récit théologique sur l'exception divine, et non d'une réfutation empirique de la thermodynamique. Analyse historique : L'atomisme du Kalam s'est développé à partir du VIIIe siècle dans un environnement intellectuel marqué par des apports multiples : traditions grecques, contextes philosophiques tardo-antiques, et dynamiques théologiques internes liées à la toute-puissance divine. L'origine précise de cet atomisme est un sujet de débat académique : Wolfson et Dhanani offrent des reconstructions divergentes, Wolfson insistant davantage sur les parallèles avec l'atomisme grec et Dhanani soulignant les spécificités propres de la tradition basrienne mu'tazilite. L'ash'arisme s'est affirmé comme l'une des principales traditions théologiques du sunnisme médiéval, aux côtés du maturidisme et de courants atharis représentés notamment par Ibn Taymiyya, lequel rejette l'atomisme occasionaliste au profit d'une causalité créée dépendante de Dieu. Analyse philosophique : Sur la Discussion 17 du Tahāfut al-Falāsifa, il convient de distinguer soigneusement deux niveaux. D'une part, le texte primaire : Al-Ghazali y conteste clairement que la connexion entre le feu et le coton soit logiquement nécessaire par elle-même, et affirme que c'est Dieu qui crée la combustion au moment du contact. Ce point est attesté par la traduction de Marmura. D'autre part, l'interprétation savante : la question de savoir si Al-Ghazali est un occasionaliste strict éliminant toute causalité secondaire, ou s'il admet des dispositions causales créées sous contrôle divin, fait l'objet d'un débat entre spécialistes (notamment Marmura et Frank), ce qui fait de ce point une question disputée et non tranchée. Analyse scientifique : La physique contemporaine décrit les particules élémentaires du Modèle standard (dont l'électron, particule élémentaire, et les quarks) comme des excitations de champs dans le formalisme de la théorie quantique des champs. Ce formalisme ne prouve pas que la réalité physique est ontologiquement continue à toutes les échelles. À l'échelle de Planck (≈ 1,616 × 10⁻³⁵ m), on anticipe que la relativité générale classique sera insuffisante et que les effets de gravité quantique deviendront importants, mais aucune observation directe ne confirme un espace-temps discret. Le théorème de Noether (1918) établit un lien mathématique formel entre symétries et lois de conservation au sein d'une théorie, sans se prononcer sur l'interprétation métaphysique de ces régularités. La conservation de l'énergie locale est strictement valide en relativité générale, tandis que la définition d'une énergie globale conservée dans des espaces-temps non stationnaires pose des difficultés conceptuelles bien documentées. Synthèse critique : L'atomisme du Kalam et l'occasionalisme constituent un modèle métaphysique médiéval destiné à rendre compte de la contingence de l'univers et de la souveraineté causale divine. Ce modèle n'est pas équivalent ni comparable aux théories physiques modernes : le jawhar fard n'est pas l'atome chimique, et la régularité de la volonté divine n'est pas identique à une loi de conservation mathématique. La physique contemporaine ne vérifie pas empiriquement la recréation divine continue, mais ne peut pas non plus la réfuter si ce modèle théologique est défini de manière à reproduire exactement les mêmes prédictions observables que les lois physiques établies. Dans ce cas, il s'agit d'une interprétation métaphysique de la réalité physique, et non d'un modèle scientifique distinct. La théorie ne devient scientifiquement testable que si elle formule une prédiction observable différente de celles des lois physiques ordinaires.
Conclusion comparative
"L'atomisme du Kalam et l'occasionalisme d'Al-Ghazali constituent des doctrines métaphysiques destinées à préserver la souveraineté causale absolue de Dieu. La physique moderne s'appuie sur le succès empirique et la formalisation mathématique des lois de conservation locale (théorème de Noether) et sur des formalismes continus (variétés de la relativité générale, théorie quantique des champs). Ces deux approches décrivent des niveaux de réalité distincts : l'une s'intéresse à la cause première et aux fondements métaphysiques de l'existence, tandis que l'autre modélise empiriquement les causes secondes et les régularités mesurables du cosmos. Une équivalence empirique entre les deux thèses n'existe que si le modèle théologique est défini de façon à reproduire exactement les mêmes prédictions que la physique. Si aucune observation possible ne peut distinguer la thèse théologique des lois physiques ordinaires, elle relève d'une interprétation métaphysique et non d'un modèle scientifique concurrent."
Sources et méthode
Notice de rigueur académique :
La mention d'une référence textuelle ou bibliographique dans cette section documente les sources précises invoquées au cours du débat par les intervenants. La mise à disposition de ces références vise à garantir la vérifiabilité des propos ; elle ne constitue en aucun cas une confirmation dogmatique ni une validation absolue de la thèse défendue.
Alnoor Dhanani — The Physical Theory of Kalām: Atoms, Space, and Void in Basrian Mu'tazilite Cosmology — Chapitres 1 et 2 (structure de l'atomisme basrien mu'tazilite)
Édition : E.J. Brill
Soutient l'argument :Description documentée de la structure atomiste du Kalam : distinction jawhar fard, ʿaraḍ et discontinuité spatio-temporelle.
Al-Ghazali — The Incoherence of the Philosophers (Tahāfut al-Falāsifa) — Discussion 17 (Sur la connexion entre cause et effet)
Édition : Trad. Michael E. Marmura, Brigham Young University Press, 2000 | Passage / Page : Discussion 17, pp. 166-170
Soutient l'argument :Al-Ghazali conteste la nécessité logique intrinsèque reliant le feu au coton et soutient que c'est Dieu qui crée l'effet simultanément au contact.
Coran — Le Coran (Sourate Fatir) — Verset 43
Soutient l'argument :Présence textuelle de la formule Sunnat Allāh, signifiant la constance de la conduite divine envers les communautés qui rejettent les prophètes.
Alnoor Dhanani — The Physical Theory of Kalām: Atoms, Space, and Void in Basrian Mu'tazilite Cosmology — Chapitres sur les origines et la structure de l'atomisme basrien
Édition : E.J. Brill
Soutient l'argument :Reconstitution historique de l'atomisme mu'tazilite basrien et de ses spécificités théologiques propres, sans réduire ses origines à un simple emprunt grec.
Harry Austryn Wolfson — The Philosophy of the Kalam — Chapitre sur l'atomisme et ses sources
Édition : Harvard University Press
Soutient l'argument :Wolfson défend une reconstruction différente de celle de Dhanani, soulignant davantage les parallèles avec l'atomisme grec. La divergence entre ces deux spécialistes illustre le caractère disputé de la question des origines.
R.L. Workman et al. (Particle Data Group) — Progress of Theoretical and Experimental Physics — 2022, 083C01 (Modèle standard et particules élémentaires)
Édition : Oxford University Press / PTEP | Passage / Page : 083C01
Soutient l'argument :Description de la structure interne de l'atome (électrons élémentaires, protons et neutrons composés de quarks et gluons) telle qu'établie par le Modèle standard.
Emmy Noether — Nachrichten der Gesellschaft der Wissenschaften zu Göttingen — Mathematisch-Physikalische Klasse, pp. 235-257
Édition : Springer | Passage / Page : 235-257
Soutient l'argument :Formulation du théorème reliant les symétries continues (dont la symétrie par translation temporelle) aux lois de conservation.
John R. Howell & Richard O. Buckius — Fundamentals of Engineering Thermodynamics — Chapitre 2 : Lois de conservation
Édition : McGraw-Hill
Soutient l'argument :Formulation classique du premier principe de la thermodynamique pour les systèmes isolés.
ʿAḍud al-Dīn al-Ījī — Kitāb al-Mawāqif fī ʿilm al-kalām — Mawqif sur la substance et l'accident (cosmologie atomiste)
Édition : Dar al-Jil
Soutient l'argument :Arguments dialectiques en faveur du jawhar fard pour réfuter la divisibilité infinie de la matière.
Coran — Le Coran (Sourate Al-Anbiyaʾ) — Verset 69
Soutient l'argument :Verset rapportant l'injonction divine de fraîcheur et de salut adressée au feu pour Abraham.
Richard Courant & Herbert Robbins — What Is Mathematics? An Elementary Approach to Ideas and Methods — Chapitre VI : Séries et limites
Édition : Oxford University Press
Soutient l'argument :Traitement mathématique de la sommation convergente d'une infinité de termes, résolvant le formalisme des paradoxes de Zénon.
Steven Weinberg — The Quantum Theory of Fields, Vol. 1 — Chapitre 1 : Introduction historique et conceptuelle
Édition : Cambridge University Press
Soutient l'argument :Description des particules comme des excitations quantifiées de champs dans le cadre de la théorie quantique des champs.
Coran — Le Coran (Sourate Fāṭir) — Verset 41
Soutient l'argument :Énoncé théologique affirmant que Dieu soutient activement les cieux et la terre afin qu'ils ne s'effondrent pas.
At-Tabari — Jāmiʿ al-Bayān ʿan Taʾwīl Āy al-Qurʾān — Commentaire de 35:41
Édition : Dar Hajar | Passage / Page : Vol. 19, pp. 380-385
Soutient l'argument :Exégèse classique décrivant la dépendance de l'univers physique vis-à-vis du maintien divin continu.
NIST / CODATA — NIST Reference on Constants, Units and Uncertainty — Planck length value (1.616 255 × 10⁻³⁵ m)
Édition : NIST
Soutient l'argument :Valeur numérique internationale recommandée de la longueur de Planck.
NIST / CODATA — NIST Reference on Constants, Units and Uncertainty — Planck length value
Édition : NIST
Soutient l'argument :Valeur numérique officielle de la longueur de Planck.
Carlo Rovelli — Covariant Loop Quantum Gravity: An Introduction to Spin Foam Gravity — Chapitre 1 : Fondements physiques de la gravité quantique à boucles
Édition : Cambridge University Press
Soutient l'argument :Présentation d'un programme de recherche théorique formulant une quantification de l'espace-temps à l'échelle de Planck.
Jean-Philippe Uzan — Living Reviews in Relativity — Vol. 14, Art. 2 (2011), Sections 3 et 4
Édition : Max Planck Institute for Gravitational Physics | Passage / Page : Sections 3 et 4
Soutient l'argument :Synthèse des contraintes observationnelles sur la variation temporelle des constantes physiques fondamentales (constante de structure fine, masses de particules, etc.).
Robert M. Wald — General Relativity — Chapitre 11 : Énergie et lois de conservation en relativité générale
Édition : University of Chicago Press
Soutient l'argument :Explication de la difficulté de définir une énergie globale conservée dans les espaces-temps non stationnaires et de la validité de la conservation locale covariante.
Ibn Taymiyya — Darʾ Taʿāruḍ al-ʿAql wa-l-Naql — Discussions sur la causalité et la critique du Kalam
Édition : Université Islamique de Médine
Soutient l'argument :Critique de l'atomisme du Kalam et affirmation de causes naturelles réelles créées par Dieu, s'opposant à l'occasionalisme ash'arite strict.
Alnoor Dhanani — The Physical Theory of Kalām: Atoms, Space, and Void in Basrian Mu'tazilite Cosmology — Structure de l'atomisme basrien
Édition : E.J. Brill
Soutient l'argument :Détails historiques documentés de la cosmologie discontinue du Kalam mu'tazilite.
Al-Ghazali — The Incoherence of the Philosophers (Tahāfut al-Falāsifa) — Discussion 17, pp. 166-170
Édition : Trad. Michael E. Marmura, BYU Press, 2000 | Passage / Page : Discussion 17, pp. 166-170
Soutient l'argument :Refus de la nécessité causale naturelle intrinsèque dans l'exemple feu-coton.
Harry Austryn Wolfson — The Philosophy of the Kalam — Chapitre sur les origines de l'atomisme
Édition : Harvard University Press
Soutient l'argument :Reconstruction des origines de l'atomisme du Kalam divergeant de celle de Dhanani, représentant le caractère disputé de la question.
Emmy Noether — Nachrichten der Gesellschaft der Wissenschaften zu Göttingen — pp. 235-257
Édition : Springer | Passage / Page : 235-257
Soutient l'argument :Relation mathématique formelle entre symétries continues et lois de conservation.
Jean-Philippe Uzan — Living Reviews in Relativity — Vol. 14, Art. 2 (2011)
Édition : Max Planck Institute for Gravitational Physics | Passage / Page : Sections 3 et 4
Soutient l'argument :Contraintes observationnelles fortes sur la stabilité des constantes physiques à travers le temps cosmique.
